Après des changements de codes postaux
Conseil sous tension à Saint-Benjamin : le secteur Cumberland claque la porte
Dans une salle comble et chargée d’émotions, les résidents du secteur Cumberland ont interpellé directement la mairesse et les conseillers municipaux de Saint-Benjamin, ce lundi 7 avril, au sujet d’un changement d’adresse postale qu’ils dénoncent comme ayant été imposé sans consultation ni information adéquate.
En toile de fond : un sentiment d’exclusion, de rupture de confiance et, pour certains, une volonté désormais assumée de quitter la municipalité.
Pour information, le secteur de Cumberland est géographiquement rattaché à Saint-Benjamin pour la taxation municipale, mais les adresses postales des résidents y ont longtemps porté la mention « Saint-Georges ». Plusieurs citoyens s’y sont d'ailleurs installés en pensant faire partie intégrante de cette dernière, notamment pour la proximité des services et des écoles, tout en payant leurs taxes à Saint-Benjamin.
En avril 2024, la municipalité de Saint-Benjamin a adopté une résolution afin d’harmoniser les codes postaux du secteur avec ceux de son territoire administratif. Cette demande a été transmise à Postes Canada, avec l’appui du député fédéral Richard Lehoux, et a mené à une confirmation du changement d’adresse pour plusieurs résidences. Les habitants concernés ont été notifiés par une lettre de Postes Canada avec l'inscription de leur nouvelle adresse.
Une décision aux conséquences concrètes
Dans une lettre collective transmise au conseil, datée d’avril 2025, les citoyens du secteur affirment n’avoir jamais été consultés avant cette décision. Ils dénoncent une transformation de leur statut postal et scolaire, ainsi qu’un manque de communication de la part de la municipalité.
« Vous avez modifié nos adresses sans nous en avertir, sans même nous demander notre avis, et vous avez changé nos réalités du jour au lendemain », écrivent-ils. Plusieurs soulignent que ce changement entraîne des coûts personnels, notamment pour les entreprises locales qui doivent refaire leurs outils promotionnels, cartes d’affaires ou immatriculations professionnelles.
« On parle de bien plus que d’un code postal », a lancé une autre résidente ce lundi soir, dénonçant une décision prise « sans consultation, sans préavis, et sans égard aux réalités vécues dans le secteur ».
Tensions autour du parcours scolaire
Ce à quoi s’ajoute un autre volet du dossier : celui de l’accès à l’éducation. Des parents ont témoigné avoir vu leurs demandes de dérogation scolaire refusées récemment, ce qui empêcherait leurs enfants de poursuivre leur parcours à l’école La Passerelle de Saint-Georges.
« Jusqu’ici, chaque année, nos enfants ont été acceptés sans problème », a souligné une mère de famille lors du conseil. « Cette année, subitement, nos demandes sont refusées. » En réponse, la mairesse Céline Veilleux a lu une lettre du Centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin (CSSBE), affirmant que les enfants de Cumberland peuvent continuer de fréquenter leur école actuelle si leur parcours y est amorcé. Mais plusieurs parents affirment que cette interprétation est contredite par les faits récents.
Un dialogue rompu et une ambiance lourde au conseil
Durant la séance du conseil, marquée par des échanges tendus, des citoyens ont accusé la municipalité d’avoir activement sollicité Postes Canada pour enclencher le processus. En effet, plusieurs documents obtenus par EnBeauce.com confirment que des courriels ont été envoyés dès avril 2023 par la direction générale de Saint-Benjamin, relançant les démarches de changement d’adresse, puis sollicitant une rencontre accélérée en octobre avec l’aide du député Lehoux.
Dans un courriel adressé au CSSBE en septembre 2023, la directrice générale soulignait les récentes rénovations de l’école primaire de Saint-Benjamin et interrogeait le centre de services sur sa politique d’affectation scolaire dans ce type de situation. Ces propos ont été vivement critiqués par des résidents : « Vous avez sollicité des changements en notre nom, sans nous consulter, et cela a eu des répercussions sur l’éducation de nos enfants », a lancé une citoyenne.
La mairesse a défendu sa position en affirmant que la municipalité n’a fait que répondre à une restructuration annoncée par Postes Canada. Mais plusieurs résidents estiment qu’elle a plutôt joué un rôle moteur dans le processus. Lors de la réunion, la tension a culminé lorsque la mairesse a annoncé, visiblement émue, qu’elle ne se représenterait pas aux prochaines élections, se disant blessée par les accusations et par la détérioration du climat.
Du côté des citoyens, les revendications restent claires. Ils demandent à ce que la municipalité appuie une résolution pour que les enfants du secteur puissent continuer à fréquenter leur école actuelle sans dérogation (que le conseil a accepté en fin de séance), que les adresses postales soient révisées ou au moins gelées, et que la création d’un comité de secteur à Cumberland soit officiellement entérinée pour garantir leur représentativité.
Alors que le dialogue semble rompu, la population du secteur Cumberland continue de réclamer plus qu’un simple retour au statu quo : elle demande d’être considérée, entendue et consultée sur les décisions qui affectent directement sa vie quotidienne.
Un changement de cap envisagé par les résidents
Au lendemain de ce qu’un représentant de Cumberland a qualifié de « désastre » lors du conseil municipal du 7 avril, les résidents du secteur annoncent leur intention de prendre les devants. Ils prévoient entamer des démarches officielles en vue d’une demande d’annexion de leur secteur par la Ville de Saint-Georges. Une telle demande devra être acceptée à la fois par Saint-Georges et Saint-Benjamin, ce qui pourrait ouvrir un tout nouveau chapitre dans ce dossier déjà complexe.
À l’heure d’écrire ces lignes, la mairesse de Saint-Benjamin n’a pas donné suite à nos sollicitations.
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